L'Objet du Délit

par Michel Vonlanthen

 

"L'Objet du Délit", le film d'Agnès Jaoui est un chef d'oeuvre!


C'est une fable sur l'amour des gens, de la musique et sur les rapports hommes-femmes

 

 


 


Elle-même chanteuse classique - oui elle en fait les études - elle réussit à montrer ce qui peut se passer lorsqu'un évènement "Me too" se produit durant une répétition d'un opéra. Dans le film, c'est la seule des chanteuses qui n'est pas totalement doublée par de vraies chanteuses d'opéra.

 

Il y a la détresse de la chanteuse agressée (qui a de la peine à se caler sur le rythme mais qui est la fille du mécène).

L'intransigeance des femmes présentes sur le plateau ("Je suis là pour le quota" dit Chérubin, joué par la sublime et noire Eye Haïdara).

L'incompréhension de l'agresseur (le grand ténor italien) empêtré dans son ego et les habitudes d'un monde révolu ("mais que me reproche-t-on à la fin?").

La peur panique du chef d'orchestre (Daniel Auteuil) de se retrouver sur une liste d'agresseurs qui circule ("Non je n'ai rien fait, enfin oui peut-être un peu, mais c'était comme ça à l'époque".

La diva vieillissante (
Agnès Jaoui), qui est contre toute cette intransigence et qui finit par dire à son ancien époux "je t'ai quitté parce que tu ne comprenais rien" alors que lui n'y voyait que ses éjaculations précoces. Au sujet de la liste: ("Tu as tout de même bien dû sentir si elle protestait par coquetterie ou si elle ne voulait vraiment pas!").

La réalisatrice (dans le film), Claire Chust ("Scénes de ménage"), qui a été engagée par un sponsor qui la courtisait, aussi parce qu'elle était une people qui allait attirer des spectateurs, mais qui n'avait aucune expérience de la réalisation. ("Tant qu'il espère, il ne peut rien me refuser").

L'ancien videur de boîte de nuit qui se retrouve régisseur par hasard ("finalement, Mozart c'est pas si nul que ça") et ("moi aussi ça m'arrive lorsqu'on parle des Arabes").

Ce film est déjà passionnant et émouvant avec tout cela. Entre les exigences de la production, les contretemps de toutes sortes et les caprices des stars, mener à bien le montage d'un tel spectacle tient du miracle. Mais il y a en plus l'accroc "Me too" et là Agnès Jaoui touche au sublime en arrivant à mettre des mots sur les réalités que subissent les femmes, mais aussi le désarroi des hommes (j'en suis) qui sont déstabilisés par la violence et l'intransigence des féministes.

Rien que pour ces "Noces de Figaro" de Mozart, il faut aller voir ce film! C'est du classique mais peu importe, tous ceux qui aiment la musique sous quelque forme que ce soit s'y retrouveront. Aussi pour comprendre la difficulté qu'il y a à monter n'importe quel spectacle. Et surtout pour comprendre un peu mieux les femmes et les hommes pris dans ce phénomène "Me too". De quoi en avoir la larme à l'oeil tellement c'est bien dit...

Ce film est un chef d'oeuvre, merci Agnès !

 

Photo d'Agnès Jaoui prise au Cully Jazz Festival le 24 mars 2007